Exorcisme

L'exorcisme est un rituel religieux conçu pour expulser une entité spirituelle maléfique qui se serait emparée d'un être animé.



Catégories :

Culte et liturgie - Liturgie catholique - Prière

Définitions :

  • Cérémonie par laquelle on chasse ou conjure le mal (démons etc…). (source : ensorcellement)
Saint François et les diables, œuvre de Giotto

L'exorcisme est un rituel religieux conçu pour expulser une entité spirituelle maléfique qui se serait emparée d'un être animé (humain ou animal).

Cette pratique est certainement universelle : elle est supposée en Mésopotamie dès le IIe millénaire av. J. -C. et attestée dès le Ier millénaire av. J. -C. , et certainement d'origine sémitique ; on la retrouve rarement dans l'Ancien Testament : bouc émissaire chargé des fautes des Israélites et envoyé dans le désert (Lv 16.  20-22)  ; par contre Jésus demande à ses disciples de chasser les démons ou bien les expulse lui-même («guérison du possédé», Mt 9.  32-38).

Par la suite la pratique de l'exorcisme se retrouvera dans les sociétés primitives pour lesquelles il forme une réponse à la possession par le (s) démon (s), ou alors plus simplement à la maladie.

On le retrouve sous cette forme dans le chamanisme caucasien, les rituels africains et le vaudou.

Il sera institutionnalisé dans le christianisme catholique, en particulier au Moyen Âge ou luthérien et il continue à être pratiqué à l'heure actuelle, soit au niveau symbolique et sacramentel (baptême), soit au au niveau pratique (évêques exorcistes). Dans l'islam, le Coran a en lui-même une valeur exorcistique.

On retrouve chez les rédacteurs de cet article des références peu connues comme : taoïsme, hindouisme, bouddhisme.

Le mot provient du grec ancien : ἐξορκισμός / exorkismós : «action de faire prêter serment», de ex-orkizein : «faire prêter serment, faire jurer à quelqu'un par le Seigneur» ; il passera directement en latin : exorcismus, exorcizare.

Dans le catholicisme

Au départ du comportement de l'Église, il y a l'exemple et le commandement du Christ : «Guérissez les malades et chassez les démons».

L'exorcisme vise à expulser les démons ou à libérer de l'emprise démoniaque et cela par l'autorité spirituelle que Jésus a confié à son Église. L'entité la plus connue censée provoquer la possession est la force que les chrétiens appelle Satan ou le Diable.

Selon l'Église catholique, lorsque l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Mal et soustrait à son empire, on parle d'exorcisme public. Sous une forme simple, l'exorcisme est pratiqué lors de la célébration du baptême. L'exorcisme canonique solennel, nommé «grand exorcisme», ne peut être pratiqué que par un prêtre exorciste et avec la permission de l'évêque (Don Amorth, évêque de Rome). D'autres catholiques comme le père Ovila Melançon dans Exorcismes et Pouvoirs des Laïcs affirment vouloir «dissiper la confusion, presque généralisée dans l'Église, concernant les personnes ayant le pouvoir de pratiquer des exorcismes... L'exorcisme privé peut être pratiqué par tout prêtre et même par tout fidèle, sans aucune autorisation de l'évêque. Il s'agit là de la doctrine commune enseignée par les théologiens qui ont étudié cette question, même parmi les plus célèbres d'entre eux...»

L'exorcisme privé pourrait être accompli par «les fidèles en état de grâce». Cette déclaration confirme le fait que l'exorcisme passe par des prières spécifiques mais également et en particulier par la foi, la miséricorde (vis-à-vis du démon) et l'amour que mettent les prêtres quand ils les récitent. Ce sont ces éléments qui assurent que le démon sera chassé à tout jamais et non pas uniquement au cours de la lecture des prières. On peut ajouter que l'exorcisme doit, dans l'esprit du prêtre, consister à chasser le démon mais également sauver le possédé et non pas uniquement le premier but.

La crise de possession est-elle réductible à une crise d'hystérie ?

Il ne faut pas céder à la tentation d'assimiler la possession et l'exorcisme qui s'y oppose à un facteur univoque, tel l'hystérie, la culpabilité, la contestation, l'injonction paradoxale ; tout ce qu'on peut dire est que la possession se présente comme un état dissociatif tel qu'il est décrit dans les psychoses schizophréniques ; mais la réponse à y apporter n'est jamais univoque et ne doit pas être dissociée du contexte culturel dans lequel elle apparaît.

Ainsi l'histoire des possédées de Loudun ne peut être rapportée à une schizophrénie présentée par l'ensemble des religieuses d'un même couvent ; il en est de même des cas de possession présentée au sein même du territoire africain à comparer aux bouffées délirantes présentées par des africains transplantés en Europe par exemple et subissant les effets pathogènes de l'acculturation.

Mis à part sa signification théologique (ou culturelle) spécifique, mais aussi les éventuels phénomènes parapsychologiques qui pourraient lui être associés, la crise de possession ne se distingue pas d'une crise d'hystérie au sens de Charcot ou des phénomènes de spasmophilie, de transe, ou alors des états de rebirth génèrés dans certaines thérapeutiques.

Pour les théologiens catholiques, le diagnostic différentiel entre maladie mentale et possession diabolique, s'est fondé pendant un certain temps sur l'existence de phénomènes paranormaux. L'Église catholique a particulièrement nettement révisé sa position. Par exemple nous lisons dans le Praktisches Bibellexicon (1961, p. 126)  : «étant donnée la ressemblance frappante entre la possession et les phénomènes décrits par la parapsychologie, actuellement s'impose la plus extrême réserve. Ce qui, jusque là était reconnu comme le signe certain de l'authenticité d'une possession ne peut plus actuellement passer pour tel sans plus ample examen». À l'heure actuelle l'exorcisme qui a été longtemps exercé par des clercs spécialisés dans cette pratique, les exorcistes, est dorénavant confié à des évêques.

Le point de vue du parapsychologue

Si on admet, au contraire, que les phénomènes parapsychologiques échappent au domaine du préternaturel et concernent simplement le champ scientifique, tout critère disparaît, pour différencier la possession d'une forme appropriée de trouble psychopathologique ou de mécanisme psychophysiologique dont les conséquences pourraient même, occasionnellemen, être bénéfiques et utilisés par le thérapeute…

Du point de vue non théologique du parapsychologue, les phénomènes spécifiques qui orchestrent la possession ou la sainteté et semblent échapper à l'analyse scientifique courante, sont néenmoins de son domaine par l'hypothèse constitutive de la parapsychologie elle-même…

Nota bene : La parapsychologie n'est pas reconnue comme science par la communauté scientifique. Elle est répertoriée dans les pseudo-sciences par la communauté scientifique universitaire. (Source : université de Zététique de Nice, elle même non reconnue par les Universitaires)

Les états du possédé

On peut distinguer un état de calme et un état de crise. L'état de crise se traduit par des contorsions, des éclats de rage, des paroles impies et blasphématoires. Au cours de la période de calme, tout est le plus souvent oublié et le comportement redevient bien adapté, ou alors particulièrement pieux. Mais l'image qu'on peut en avoir est loin d'être univoque et ne ressemble certainement pas à celle qu'a retenu William Friedkin dans son film de 1973. Il est plus intéressant, pour s'en faire une idée de lire les rédigés de Pierre Janet : De l'angoisse à l'extase ou Les médications psychologiques.

Les symptômes de la possession

Selon les théologiens, il existe des signes servant à porter le diagnostic de possession. Le Rituel romain décrit trois symptômes essentiels parmi d'autres qui auraient une valeur analogue :

– parler ou comprendre une langue inconnue (glossolalie)  ;
– découvrir les choses éloignées et secrètes (voyance)  ;
– faire montre d'une force inexplicable par l'habitus physique de la personne reconnue (psychokinèse).

Les gestes pieux mettent le possédé dans une rage folle et l'amènent à blasphémer horriblement. L'amnésie de la possession est fréquente, et fréquemment constante.

Les marques du diable, pour l'Église du Moyen Âge, ne se limitaient pas aux trois signes, actuellement mentionnés par le rituel romain; on donnait même la préséance à d'autres symptômes tels que la lévitation et en particulier des zones d'anesthésie, des points du corps anormalement insensibles (il s'agit, pour le neurologue moderne, d'un symptôme de lèpre à son début, de certaines maladies neurologiques ou d'un phénomène de nature hystérique. On peut en particulier noter que la personne parle fréquemment seule).

Sources :

Remèdes

Il est utile de considérer les «remèdes» proposés par l'Église. Les catholiques proposent pour venir à bout de la possession :

La possession en psychiatrie

En psychiatrie, la possession n'est pas envisagée comme un phénomène religieux mais comme une forme de délire au cours duquel le malade se croit habité par un être surnaturel qui parle par sa bouche, mobilise sa langue malgré lui et dirige ses mouvements (Henri Aubin, Manuel alphabétique de psychiatrie).

Cette forme de délire se retrouve dans différentes affections organiques (encéphalites, intoxication), ou non organiques : mélancolie, schizophrénie. Il semble se produire comme moyen d'expression occasionnel d'un désarroi organique ou culturel en Afrique et peut aussi révéler des phénomènes d'acculturation lors d'une émigration.

On définit le trouble "personnalité multiple par la cœxistence, chez un même individu de deux ou plusieurs états de personnalités différents qu'ils aient une mémoire propre, des modalités comportementales spécifiques et leurs propres styles de relation sociale ou qu'ils partagent une partie de ces différents items. Les deux esprits se combattent dans un même champ qui est le corps, et l'âme est comme partagée; selon une partie de soi, elle est le sujet des impressions diaboliques, et , selon l'autre, des mouvements qui lui sont propres et que Dieu lui donne". Ce type de trouble commence à s'installer dès l'enfance mais n'est , le plus fréquemment, remarqué par les cliniciens que bien plus tard; il s'agit presque toujours de filles (60 à 90 %).

Le passage d'une personnalité à une autre est le plus souvent brusque (quelques minutes). La transition est sous la dépendance du contexte relationnel. Les transitions peuvent survenir aussi quand il y a conflit entre les différentes personnalités ou quand ces dernières ont mis au point un plan commun. Les personnalités peuvent être diamétralement opposées dans leurs caractéristiques et différer même quant aux tests psychologiques et physiologiques : elles peuvent nécessiter par exemple des verres correcteurs différents, répondre de manière différente au même traitement et avoir des QI différents. On décrit l'existence de complications éventuelles, telles que suicide, automutilation, agression, viol, toxicomanie, etc.

La schizophrénie peut aboutir elle aussi au sentiment d'être possédé. Dans ce cas l'entourage discerne plus aisément qu'il s'agit d'un trouble de la personnalité et non d'un phénomène mystique.

Le Vatican et les cas de possession

Le Vatican invite les exorcistes à s'adresser à des psychiatres. Depuis que la psychanalyse existe, on sait que le diable n'est plus nécessairement à l'origine des troubles psychiques qui peuvent affecter l'homme. Aux yeux de l'Église, celui qui se dit possédé ne l'est pas nécessairement, et a fréquemment plus besoin de l'aide d'un psychiatre que de celle d'un exorciste. Or, les prêtres-exorcistes n'avaient jusqu'à ce jour qu'un rituel vieux de près de quatre cents ans pour pratiquer leur ministère. Ils peuvent désormais compter sur un nouveau rituel, qui intègre l'évolution de la médecine et de la psychiatrie. Ce document de 70 pages, entièrement en latin et conforme aux décrets du Concile Vatican II, remplace les formules et les prières du chapitre XII du Rituel romain.

Le texte met en garde contre l'imagination des hommes qui peut les porter à croire qu'ils sont la proie du démon. Dans l'ensemble des cas, il faut vérifier que celui qui se dit possédé par le démon le soit vraiment. Le texte recommande de distinguer entre une véritable intervention diabolique et la crédulité de certains fidèles qui pensent être l'objet de maléfices ou de malédictions. "Il ne faut pas leur refuser une aide spirituelle, mais il ne faut pas à tout prix pratiquer un exorcisme. "

Le document poursuit : «L'exorciste décidera avec prudence de l'obligation d'utiliser le rite d'exorcisme après avoir procédé à une enquête diligente - dans le respect du secret confessionnel - et après avoir consulté, selon les possibilités, des experts en matière spirituelle, et , s'il est jugé adequat, des spécialistes en science médicale et psychiatrique, qui ont le sens des réalités spirituelles.» Tout en manifestant une grande prudence, l'Église n'exclut par conséquent pas l'emprise du démon sur certaines personnes.

Elle distingue entre l'exorcisme mineur, fait de prières, et le grand exorcisme, qui consiste en une célébration liturgique. C'est le plus impressionnant, celui dont s'inspirent le plus souvent les films d'épouvante. Le nouveau rituel l'a quelque peu simplifié. Ainsi, les prières s'adressant aux démons ont disparu. Le rite comprend entre autres une aspersion d'eau bénite, diverses prières, l'imposition des mains, la présentation d'un crucifix au possédé, et une formule impérative qui s'adresse directement au diable et lui ordonne de s'en aller. Ce rite spectaculaire s'avère rarement utilisé. Les autorités ecclésiastiques préfèrent fréquemment créer des structures d'écoute et offrir un soutien psychologique aux personnes en difficulté.

Les cas réels de possession sont dits rares, mais à notre époque où l'ésotéro-occultisme attire énormément, surtout chez les jeunes, de nombreuses personnes témoignent avoir été délivrés par des exorcismes ou des prières de délivrance. L'exorciste de Rome, Dom Amorth, explique qu'en général, les personnes ne sont complètement délivrées qu'après deux à trois ans de prières de bénédiction (nom qu'il donne à la prière d'exorcisme) à raison d'une l'ensemble des deux ou trois semaines, et étant donné qu'elles adoptent une vie de prière et un comportement éloigné des pratiques à risque.

Méthode en onze parties établie par le pape Paul V

- Récitation par le prêtre en étole violette, dont un bout entoure le cou du possédé, d'une litanie accompagnée d'une aspersion d'eau bénite ;

- Récitation du Psaume LIV ;

- Adjuration à la divinité et interrogation faite au démon (ou à plusieurs) de son nom et d'où il provient [Le prêtre exorciste doit avant toute chose s'informer du nom et du cercle d'où provient l'ou les démon (s) ] ;

- Récitation de certains passages des Évangiles (Jean I ; Luc X-XI ; Marc XVI)  ;

- Prononciation du premier exorcisme contre le Démon, par le prêtre posant la main droite sur la tête du possédé ;

- Prière préparatoire ;

- Prière accompagnée de divers signes de croix sur la personne de l'énergumène (comprendre ici personne possédée)  ;

- Second exorcisme prononcé avec une certaine violence contre l'"Antique Serpent" (Apocalypse XII)  ;

- Nouvelle prière ;

- Troisième et dernier exorcisme ;

- Récitation de cantiques, de psaumes et de prière finales.

Liens externes


Bibliographie

  • Robert Ambelain, Le grand exorcisme [1]

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 07/07/2009.
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