Poltergeist

Un poltergeist est un phénomène paranormal consistant en des bruits divers, des déplacements, apparitions ou disparitions d'objets et autres phénomènes a priori inexplicables.



Catégories :

Spiritualité autres - Spiritisme - Phénomène paranormal - Parapsychologie

Définitions :

  • Fantôme bruyant, phénomène paranormal consistant en des bruits inexpliqués (source : fr.wiktionary)

Un poltergeist (de l'allemand poltergeist dérivé de poltern «faire du bruit» et geist «esprit») est un phénomène paranormal consistant en des bruits divers, des déplacements, apparitions ou disparitions d'objets et autres phénomènes a priori inexplicables. Les poltergeists sont , généralement, reconnus comme des phénomènes de «petite hantise» liés le plus fréquemment à la présence d'un (e) adolescent (e) perturbé (e), [1] par opposition aux phénomènes de «grande hantise» qui supposent l'intervention de l'esprit d'un ou plusieurs morts, quoique la séparation ne soit pas forcément évidente. [2]

Représentation de la manifestation d'un poltergeist en 1911

Origine du nom

Le terme poltergeist apparaît en 1540 dans le Nouveau dictionnaire d'Erasme Alberus[3] et il est utilisé pour la première fois en allemand dans Propos de table par Martin Luther en 1568, durant la Réforme protestante, pour désigner des événements qui, selon les croyances populaires de l'époque, sont génèrés par des esprits désincarnés ou par le diable. [4] [5] Catherine Crowe l'utilise pour la première fois en anglais en 1848[6] et c'est la médium roumaine Eleonore Zugun[7] qui le rendra populaire au milieu du XXe siècle en se faisant appeler «fille de Poltergeist». [8] Paradoxalement, les allemands utilisent désormais plus volontiers le terme Spuk. [9]

Poltergeist est un nom absent de la quasi-totalité des grands dictionnaires français contemporains. [10] On le traduit fréquemment par l'expression «esprit frappeur». [11] Pour le remplacer, l'écrivain et parapsychologue René Sudre a proposé sans succès le néologisme thorybisme, par dérivation d'un mot grec signifiant bruit ou trouble. [12]

Nature du phénomène

Les manifestations d'un poltergeist présentent tout ou partie d'une gamme énorme d'effets défiants la raison :

Les manifestations semblent généralement purement «gratuites» et complètement dénuées de cause et de logique. Malgré des dégâts matériels quelquefois importants, les personnes présentes sont rarement blessées. [16]

Le phénomène est attesté dans l'ensemble des régions du monde, en Europe ainsi qu'aux USA, mais également en Chine, en Afrique, en Amérique du Sud, aux Antilles, à Java, etc. Il est aussi présent à l'ensemble des époques : le chercheur Hereward Carrington en a identifiés 5 antérieurs à l'an mil et 130 entre le XIe siècle et la fin du XIXe siècle. [17] [18]

Réalité du phénomène

S'agissant de phénomènes dits paranormaux ou surnaturels, de nombreux témoignages sont fréquemment le fruit d'une imagination excessive de la part des témoins, ou alors de désordres psychologiques. Il s'agit aussi souvent de bruits naturels venant du «travail» des menuiseries ou de la maçonnerie, du passage de petits animaux ou du bruit de cours d'eau souterrains. [19] S'y ajoutent bien entendu des supercheries délibérées, [20] des plaisanteries de mauvais goût et des actes de malveillance.

Selon le professeur Charles Richet :

Charles Richet.
«Les phénomènes subjectifs (d'infestation) dépendent de la bonne foi – qui n'est jamais douteuse – de l'observateur, mais la bonne foi ne suffit pas : on doit toujours supposer une hallucination, une imagination, une illusion, une aberration. Il s'agit par conséquent de savoir si tout s'explique par l'illusion. Il faut admettre l'hypothèse de l'illusion lorsque la personne est seule ; mais il est assez complexe d'imaginer trois quatre, cinq personnes normales ayant à plusieurs reprises pendant quelques mois l'hallucination du même personnage. »
«Mais pour les phénomènes objectifs la difficulté est autre. Là en effet l'ensemble des fraudes sont envisageables, et l'expérience a prouvé que les fraudes étaient habituelles, particulièrement habituelles. Lorsque, dans une maison dite hantée, s'entendent des fracas divers, bruits de portes qui s'ouvrent et se ferment, roulement de meubles, bris de vaisselles, et tout le cortège ridicule de manifestations qui est de coutume dans les hantises, l'idée vient dans un premier temps qu'il s'agit d'une forte plaisanterie, faite par des individus mal intentionnés, des domestiques renvoyés, des gens intéressés à faire quitter la maison à tel ou tel de ses habitants. Le plus fréquemment il faut incriminer, comme cause de ces infestations, de très jeunes gens, de l'un ou l'autre sexe, à demi idiots, à demi vicieux, qui, sans trop comprendre ce qu'ils font, jettent des pierres, cassent des vitres, en dissimulant leurs gestes et en laissant croire qu'ils sont restés immobiles, n'ayant d'autre motif que de tromper. »[21]

Cependant il reste la plupart de témoignages, de l'ensemble des époques et dans l'ensemble des cultures, qui tendent à démontrer qu'il se produit de temps à autres des phénomènes inexpliqués, constatés par des témoins dignes de foi et donnant quelquefois lieu à de très officiels constats de gendarmerie[22] avec des enregistrements physiques[23] ou photographiques, [24] ou alors à des études ou enquêtes approfondies.

Comme le note Pascale Catala :

«Dans les dossiers sur lesquels ils enquêtaient, les parapsychologues ont fréquemment découvert que des sujets simulaient les poltergeists en provoquant eux-mêmes les dégâts (en cassant des objets ou les renversant, en lançant des pierres, etc. ). Alan Gauld a relevé des «fraudes» dans 12% des cas, et Hans Bender dans 26%, et ceci même dans les cas où on avait pu mettre en évidence d'autre part des événements paranormaux. Il convient par conséquent de rester particulièrement prudent et d'adopter une attitude nuancée : ce n'est pas parce qu'un sujet fraude ou simule, qu'il s'agit obligatoirement d'un faux poltergeist. Tizané faisait remarquer que les gendarmes prenaient fréquemment un sujet en flagrant délit, et décrétaient que l'affaire était résolue, tandis qu'il n'en était rien, certains phénomènes restant complètement inexpliqués. »[25]

Montpellier (France) 1996

Origine imaginaire

Une habitante de Montpellier, vivant seule avec ses quatre enfants demande à l'office des HLM de lui trouver un nouvel appartement, celui qu'elle occupe étant le siège de phénomènes paranormaux effrayants de type poltergeist. Ayant obtenu de déménager il apparaît que les manifestations redébutent dans le nouvel appartement. Une enquête réalisée a posteriori par Jacques Exertier et Laurent Puech du cercle zététique conduit à une explication rationnelle des rares manifestations récentes ainsi qu'à la très grande fragilité des témoignages concernant les manifestations passées, qui n'ont jamais été constatées par des tiers et semblent à l'évidence imaginaires. [26]

Vailhauquès (France) 1987

Origine naturelle

En novembre 1987, le calme d'une maison du village de Vailhauquès est troublé par des coups sourds et répétés. La gendarmerie enquête, mais ne trouve pas la cause du phénomène. Début février 1998 le parapsychologue Yves Lignon y voit un phénomène paranormal, mais un journaliste scientifique du journal Le Midi libre et un géologue du Laboratoire départemental d'équipement, M. Gilly, mettent en évidence que les bruits sont génèrés par les coups de boutoir d'une rivière souterraine dans le puits attenant. Cette affaire a été à l'origine d'une longue polémique entre Yves Lignon et le cercle zététique. [27]

Nantes (France), XIXe siècle

Origine naturelle

La maison du Conventionnel Jean-Baptiste Carrier, responsable des terribles noyades de Nantes, localisée 3 place du Commerce à Nantes, était connue hantée à cause des bruits sourds qu'on y entendait, jusqu'à ce qu'on en attribue l'origine à une rivière souterraine. [28]

Séron (France) 1979

Origine criminelle

Au cours de l'été 1979, des départs de feux se déclarent spontanément à de nombreux lieux d'une vaste maison occupée par une même famille à Séron. Durant une dizaine de jours journalistes, voyants et parapsychologues (dont le célèbre Yves Lignon) se bousculent et donnent chacun leur explication du phénomène. Jusqu'à ce que les gendarmes finissent par démasquer les coupables : le fils de la famille et une adolescente qui y était employée. [29]

Joigny (France) début du XIe siècle

Selon le chroniqueur Raoul Glaber :

«Au même temps un présage merveilleux et digne de trouver place ici se manifesta près du château de Joigny, chez un noble homme, appelé Arlebaud. Pendant trois ans, il tomba presque continuellement, dans toute sa maison, des pierres de diverses grandeurs, dont on peut voir toujours des monceaux tout autour de sa demeure. Venaient-elles de l'air, ou pénétraient-elles par le toit? C'est ce que personne ne peut dire. Ce qu'il y a de sûr, c'est que cette pluie, qui ne s'arrêtait ni la nuit, ni le jour, ne blessa pas une seule personne, et même ne brisa pas un vase. »[30]

Paris (France) 1846

En novembre 1846, une maison localisée en bordure des travaux de ce qui sera la rue de Grès à Paris est bombardée chaque soir par des pierres de toutes tailles qui défoncent portes, fenêtres, toits et planchers. L'habitant des lieux, M. Lerrible, dépose 30 plaintes auprès de la police. Des agents sont positionnés en surveillance, le commissaire de police et même le chef de la sureté se rendent sur place. Un peloton du 24e régiment de chasseurs est même dépêché sur les lieux, sans résultat. L'ensemble des journaux de l'époque relatent l'affaire y compris la très sérieuse Gazette des Tribunaux. Au bout de trois semaines le phénomène cessa aussi brusquement qu'il avait commencé. On prétendit, sans autre précision, qu'un homme avait été pris sur le fait et emprisonné. Le journal La Patrie ayant publié que le coupable était M. Lerrible lui-même, ce dernier assigna le journal en justice pour diffamation et gagna son procès. Au cours des débats, il ne fut nullement fait état de l'arrestation d'un vrai coupable. [31] [32] Interrogé par un chercheur, la réponse du remplaçant du commissaire de police est d'ailleurs sans ambiguïté :

«Monsieur le commissaire de police vous affirmerait comme moi, Monsieur, que malgré nos infatigables recherches, on n'a jamais pu rien découvrir, et je peux vous assurer à l'avance qu'on ne découvrira jamais rien!»[33]

Arcachon (France) 1963

La clinique du Dr Cuénot[34] à Arcachon est bombardée de pierres, du mois de mai au mois de septembre 1963, sans qu'on puisse trouver d'explication rationnelle. Des projectiles de toutes natures et de toutes tailles tombent autour du personnel et des patients. Le commissaire de police local ne juge pas utile de procéder à une enquête. Le professeur Robert Tocquet, nommé en renfort, conclut après une étude minutieuse que cette pluie de pierres est liée à la présence d'une jeune malade névrotique. Elle ne peut en aucun cas être tenue pour responsable du lancement des projectiles, mais le phénomène cesse après son transfert dans une autre clinique. [35] [36] [37]

Récit plus détaillé sur le site Ouriel

Rosenheim (Allemagne) 1968

En 1968 de nombreux phénomènes de nature électrique, mais également des déplacements inexplicables de meubles et d'objets se produisent dans le cabinet de Me Sigmund Adam, un avocat particulièrement connu de la ville de Rosenheim près de Munich. Les machines de bureau se dérèglent, les disjoncteurs sautent, les ampoules électriques grillent ou se dévissent seules et tombent, les tubes fluorescent tournent dans leurs logements. Les téléphones sonnent sans raison, on note des appels répétés – quelquefois plusieurs par minute – à l'horloge parlante. Bien entendu c'est le réseau électrique qui est soupçonné. La compagnie d'électricité envoie deux ingénieurs qui ne constatent aucune anomalie tandis que les phénomènes se déroulent en leur présence. La pose d'une ligne d'alimentation directe et même l'installation d'un générateur spécifique indépendant du réseau ne règlent rien. Parallèlement des bruits d'explosion se font entendre, des tiroirs s'ouvrent seuls, une lourde armoire de 150kg se décolle de la cloison et il faut deux hommes pour la remettre à sa place. L'ingénieur Karl Bruner voit un grand tableau faire une rotation complète. Pour tenter d'éclaircir le mystère, l'avocat porte plainte contre X. Les docteurs F. Karger et G. Zicha de l'Institut Max Planck de physique de Munich sont dépêchés sur place et après une longue et minutieuse enquête concluent que les phénomènes, dûment observés et enregistrés, ne sont pas explicables par les moyens actuels de la physique théorique. On finit par constater que les phénomènes sont liés à la présence d'une jeune employée de 19 ans, Anne-Marie. On l'éloigne et les phénomènes cessent après son départ. [38] [39] [40]

Récit plus détaillé sur le site Ouriel

Enfield (Angleterre) 1977

Le plus récent phénomène spectaculaire de poltergeist s'est déroulé à Enfield, dans la banlieue nord de Londres et a été abondamment décrit dans la presse de l'époque. Il a été déclaré «Le poltergeist le plus intéressant jamais connu». [41] La famille Harper[42] se compose d'une mère divorcée et de ses quatre enfants : Margaret 13 ans, Janet 11 ans, Johnny 10 ans et Billy 7 ans. À partir du 31 août 1977 la maison fut le lieu d'un festival inouï de plus de 1.500 manifestations : objets et meubles renversés ou se déplaçant seuls, draps de lits soulevés, Janet mise en lévitation, bruits et voix diverses, aboiements de chiens, apparitions, objets semblant traverser les murs, départs de feux dans des tiroirs, objets déformés... Ces faits ont été suivis en permanence durant 13 mois par deux enquêteurs de la SPR, Maurice Grosse et Guy Lyon Playfair. Une trentaine de personnes en ont été les témoins directs, dont des policiers, des journalistes de la BBC et du Daily Mirror, des voisins et diverses personnalités. Malgré l'aveu ultérieur par Janet de quelques tentatives de fraudes pour tester les enquêteurs (qui les ont d'ailleurs repérées) la majorité des phénomènes semblent ne pouvoir avoir été génèrés artificiellement. Les voix et les bruits sont enregistrés et des scènes déroutantes sont quelquefois photographiées. [43] Il apparaît que c'est Janet qui est l'épicentre des évènements et la plus fréquemment visée. Durant le séjour qu'elle fait dans un hôpital, fin juillet 1978, les manifestations décrurent d'intensité, pour cesser définitivement après l'intervention d'un médium hollandais. Malgré le travail impressionnant des deux enquêteurs logeant fréquemment sur place, plusieurs personnalités affirmèrent que l'ensemble des manifestations étaient organisées par les enfants. [44] [45]

Interprétations et hypothèses

Le phénomène poltergeist n'échappe pas au débat perpétuel (et fréquemment vif) opposant les «sceptiques» et les «croyants» en matière de faits paranormaux.

«Douter de tout et tout croire sont deux solutions, aussi commodes, qui toutes deux, dispensent de réfléchir. »[46]
«Personne ne sait ce qu'est un poltergeist. Comme Bertrand Russel l'a dit à propos de l'électricité, ce n'est pas une chose, mais une façon que les choses ont de se comporter. »[47]

Hypothèse rationaliste

Les sceptiques sont principalement représentés par les mouvements rationalistes et zététiques qui considèrent que ce type de manifestation, qui défie les bases de la physique et de la raison, a obligatoirement une explication rationnelle qui n'a pas été détectée et/ou ne repose que sur des témoignages manquant de fiabilité ou d'objectivité. Ils appuient leur démonstrations sur les nombreux cas où les présumés poltergeists ont trouvé, tôt ou tard, une explication ordinaire satisfaisante. Ce point de vue, appliqué à la totalité des phénomènes paranormaux, est partagé par une large partie de la communauté scientifique. Il est entre autres synthétisé dans les ouvrages coécrits par le prix Nobel Georges Charpak et le physicien Henri Broch. [48]

Hypothèse de la «vilaine petite fille»

Frank Podmore.

Au tout début du XXe siècle, un membre du comité directeur de la Society for Psychical Research d'Angleterre (Société pour la recherche psychique ou SPR), Frank Podmore[49] a fait l'analyse des milliers de manifestations de poltergeists recensées par son association. Il est arrivé à la conclusion que, dans la majorité des cas, un adolescent perturbé, aux alentours de l'âge de la puberté, est impliqué et plus souvent une fille qu'un garçon. Sa seconde conclusion est que les phénomènes sont directement génèrés par les adolescent (e) s, soit qu'ils communiquent leurs terreurs et leurs hallucinations à leur entourage, soit qu'ils sont directement les auteurs des supercheries non détectées par les témoins. Sa théorie à été désignée sous le nom de "naughty little girl theory" (théorie de la vilaine petite fille). [50] [51]

Hypothèse sociologique ou folkloriste

Pour les sociologues et les folkloristes, les poltergeists sont un croyance populaire, née de l'inconscient collectif, tout comme les fantômes, loup-garous, vampires, fées, lutins et autres êtres ou manifestations imaginaires. Un parallèle peut être fait avec l'approche sociopsychologique du phénomène des "soucoupes volantes".

Les folkloristes notent aussi les nombreux parallèles existant entre les facéties attribuées aux lutins (ou tout autre être identique, quel que soit son nom et ses spécificités) et les agissements des poltergeists.

Hypothèse psychanalytique

Sigmund Freud.

Pour les psychanalystes, les poltergeists sont de nature hallucinatoire. Ils sont la projection extérieure de conflits psychologiques internes aux individus concernés, auxquels il faut trouver un sens. Selon Sigmund Freud :

«La phase d'agitation hallucinatoire nous apparaît ici encore comme dénotant un combat entre le refoulement et une tentative de guérison qui cherche à ramener la libido vers ses objets. Jung, avec une extraordinaire acuité analytique, a reconnu, dans les «délires» et dans les stéréotypies motrices de ces malades, les résidus des investissements objectaux de jadis auxquels ils se cramponnent convulsivement. »[52]

Dans cette approche, les manifestations physiques éventuelles sont des évènements secondaires, ou alors négligeables :

«La façon dont vous détournez la question de savoir si ces phénomènes sont réels ou falsifiés, et la ramenez à l'étude psychologique du médium, par conséquent des antécédents, me semble la juste voie pour entreprendre ce genre de recherches, qui conduiront à une explication des faits en question. »[53]

Selon la psychologue et psychanalyste Djohar Si Ahmed :[54]

«Pour moi, la réalité physique des poltergeists n'est ni plus ni moins démontrable que l'existence des fantasmes, ou même de la pensée ! Et croyez-moi : un bon poltergeist, vrai ou faux, vaut bien mieux qu'un cancer, une sclérose en plaques ou un eczéma chronique, sans parler d'une schizophrénie ! L'aspect physique du phénomène n'est pas de mon ressort et ne m'intéresse pas. J'y vois un symptôme, et si une intervention psychologique peut aider à le résoudre, à obtenir que jamais il ne revienne ni ne soit remplacé par autre chose de pire toujours, c'est la majeure partie. »[55]

Hypothèse parapsychologique ou métapsychique

À côté des nombreuses explications avancées par certains auteurs tel que Walter von Lucadou, plusieurs groupes de recherches sur les phénomènes paranormaux se sont penchés sur l'étude des manifestations liées aux poltergeists, tant en France qu'à l'étranger. Voici l'Institut métapsychique mondial (IMI) [56] créé en 1919 en France, la Society for Psychical Research (SPR) créée en 1898 en Angleterre, l'American Society for Psychical Research (SAPR) aux USA, l'Institut für Grenzgebiete der Psychologie und Psychohygiène (IGPP) en Allemagne ou encore le Brazilian Institute for Psychobiophysical Research (IBPP) au Brésil. Ces sociétés sont composées de chercheurs de diverses disciplines qui tentent une approche scientifique de ces phénomènes.

L'hypothèse défendue par les parapsychologues Hans Bender[57] et William G. Roll[58] est le plus souvent retenue par ces chercheurs. Les manifestations seraient dues à un effet de psychokinèse (PK) spontanée, produite inconsciemment par une personne perturbée, et plus particulièrement dénommée psychokinèse spontanée et répétitive (PKSR). [59] Il est cependant à noter que "l'effet PK" n'a pas été scientifiquement démontré à ce jour. Selon Alan Gauld, autre spécialiste de la question :

«Les expériences menées dans certains laboratoires ne nous en on pas suffisament appris sur la psychokinésie pour décider si oui ou non elle a un rapport quelconque avec les phénomènes des esprits frappeurs. Et nous ne devons pas nous laisser aller à croire qu'en leur appliquant une terminologie à consonance scientifique telle que RSPK nous avons progressé vers une explication. »[60]

Les parapsychologues sont partagés sur les causes profondes qui animent le sujet à l'origine des manifestations et qui pourraient être :

  • Soit des éléments dissociés de la personnalité et de la conscience du catalyseur (médium)
  • Soit la vision par ce médium d'une «imprégnation» de l'habitation par la mémoire d'un ou plusieurs défunts l'ayant occupée antérieurement.

Cette dernière éventualité se rapproche de l'hypothèse spirite, dont elle se distingue cependant par l'absence de référence à un "Esprit" agissant. [61] [62]

Hypothèse religieuse

Un exorcisme vu par Goya

Avec de nombreuses variantes, les Eglises chrétiennes ont, généralement, longtemps reconnu que les phénomènes de hantise et de poltergeist étaient des cas de possession diabolique [63] dus à la présence d'entités démoniaques qui pouvaient être chassées avec rituels appropriés nommés exorcismes. Cette pratique s'est développée simultanément avec l'omniprésence du démon dans la religion, de la fin du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle. Aujourd'hui l'exorcisme n'est le plus souvent plus utilisé qu'en dernier recours, avec des succès divers, après l'échec de solutions d'ordre psychologiques ou psychiatriques :

«Lorsque l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire, on parle d'exorcisme. Jésus l'a pratiqué (cf. Mc 1, 25-26), c'est de lui que l'Église tient le pouvoir et la charge d'exorciser (cf. Mc 3, 15 ; 6, 7.13 ; 16, 17). Sous une forme simple, l'exorcisme est pratiqué lors de la célébration du Baptême. L'exorcisme solennel, nommé " grand exorcisme ", ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l'évêque. Il faut y procéder avec prudence, en observant strictement les règles établies par l'Église. L'exorcisme vise à expulser les démons ou à libérer de l'emprise démoniaque et cela par l'autorité spirituelle que Jésus a confié à son Église. Particulièrement différent est le cas des maladies, en particulier psychiques, dont le soin relève de la science médicale. Il est important, par conséquent, de s'assurer, avant de célébrer l'exorcisme, qu'il s'agit d'une présence du Malin, et non pas d'une maladie. »[64]

La possibilité d'infection de lieux ou de personnes par des démons, et de leur expulsion par des opérations religieuse ou magiques spécifiques, est présente dans la majorité des religions et des cultures.

Hypothèse spirite

Les sœurs Fox.

Selon la doctrine spirite, les poltergeits sont les manifestations d'Esprits désincarnés de bas niveau, appartenant à la sixième classe du troisième ordre, selon l'échelle spirite :

«Sixième classe : Esprits frappeurs et perturbateurs. Ces Esprits ne forment point, à proprement parler une classe différente, eu égard à leurs qualités personnelles; ils peuvent appartenir à l'ensemble des classes du troisième ordre. Ils manifestent fréquemment leur présence par des effets sensibles et physiques tels que les coups, le mouvement et le déplacement anormal de corps solides, l'agitation de l'air, etc. Il paraissent, plus que d'autres, attachés à la matière; ils semblent être les agents principaux des vicissitudes des éléments du globe, soit qu'ils agissent sur l'air, sur l'eau, le feu, les corps durs ou dans les entrailles de la terre. On reconnaît que ces phénomènes ne sont point occasionnés par une cause fortuite ou physique, lorsqu'il s ont un caractère intentionnel et intelligent. » [65]

La présence d'un médium à effet physique semble cependant indispensable. Le médium ignore le plus souvent qu'il possède cette faculté. Il cède involontairement de l'énergie aux Esprits qui s'en servent pour provoquer les manifestations, comme ce fut le cas pour les sœurs Fox, à l'origine du mouvement.

Dans la littérature

Bien que s'inspirant de faits réels, ces romans sont de pures fictions, allant bien au-delà des événements les ayant inspirés.

  • L'Exorciste roman de William Peter Blatty paru en 1971 a été inspiré par un cas de poltergeist concernant un garçon de 14 ans, en 1949, dans le Maryland relevé dans la presse locale.
  • Amityville, la maison du diable roman de Jay Anson a été inspiré par l'aventure vécue par la famille de George Lutz.

Au cinéma

  • Poltergeist, film réalisé par Tobe Hooper en 1982 et produit par Steven Spielberg.
  • Poltergeist II, suite du film Poltergeist.
  • Poltergeist, les aventuriers du surnaturel série télévisée américano-canadienne.
  • L'Exorciste (The Exorcist), film d'horreur américain réalisé par William Friedkin en 1973 selon le roman de William Peter Blatty.
  • Amityville, la maison du diable (The Amityville Horror), film d'horreur américain réalisé par Stuart Rosenberg en 1979, selon le roman de Jay Anson.
  • Supernatural série télévisée américaine, créée par Eric Kripke et produite par McG, où les frères Winchester pourchassent des esprits et créatures surnaturelles. [66]

Notes et références

  1. Médiums et fantômes - Robert Tocquet - Publications premières - 1970 - p171
  2. Les Lieux de l'Au-delà - Didier Audinot - JMG - 1999 - pp25-26
  3. Novum dictionarium genus - E Alberus - Leizig - 1540 - Cité par C. Lecouteux dans La maison hantée - 2007
  4. A New Look at Haunting and Poltergeist Phenomena : Analyzing Experiences from a Semiotic Perspective - Fatima Regina Machado in Hauntings and Poltergeists : Multidisciplinary Perspectives - Edited by James Houran and Rense Lange USA - 15/03/2008 p 228
  5. Extrait du livre de FM Machado
  6. Night Side of Nature - Catherine Crowe - T. C. Newby - Londres - 1848
  7. Eleonore Zugun était marquée par des griffures génèrées par un esprit invisible comme le montre ce film : [1]
  8. Dictionnaire du diable et de la démonologie – J. Tondriau et R. Villeneuve – Marabout université – 1968 – p175
  9. Cette maison est hantée - Guy Lyon Playfair - Éditions du rocher - 1982 p10
  10. La Maison hantée - Histoires de poltergeists - Claude Lecouteux - Imago - 2007 - chap 1
  11. Histoire de revenants - Xavier Yvanoff - JMG - 2007 - p 36
  12. Introduction à la métapsychique humaine, René Sudre Payot, Paris, 1926, p. 309.
  13. Dictionnaire du diable et de la démonologie – J. Tondriau et R. Villeneuve – Marabout université – 1968 – p175
  14. Histoire de revenants T2 - Xavier Yvanoff - JMG - 2007 - p 37
  15. Le Défi à la matière - Les pouvoirs inconnus de l'homme - Tchou - 1977 - p 102
  16. Histoire de revenants T2 - Xavier Yvanoff - JMG - 2007 - p 60
  17. Le Défi à la matière - Les pouvoirs inconnus de l'homme - Tchou - 1977 - p 103
  18. Haunted People : The Story of the Poltergeist Down the Centuries H Carrington et N Fodor - Kessinger Publishing - 2006
  19. C'est le cas dans la maison du conventionnel Carrier, 3 place du Commerce à Nantes
  20. On trouve sur internet la plupart de vidéos de prétendues manifestations de poltergeists. L'immense majorité sont des faux (fakes), plus ou moins grossiers, reconnaissables à leurs caractéristiques communes : image sombre ou floue, cadrage anticipant le mouvement des objets, panique finale de l'opérateur, etc.
  21. Traité de Métapsychique - Charles Richet - Payot - Paris - 1922 p734
  22. Voir les ouvrages du commandant de gendarmerie Émile Tizané (liste non exhaustive)  : Les dossiers noirs des maisons hantées, L'hôte inconnu dans le crime sans cause, Le mystère des maisons hantées.
  23. Rosenheim en 1968
  24. Enfield 1977
  25. Apparitions et hantises - Pascale Catala - Presses du Châtelet - 2004
  26. Enquête de Jacques Exertier et Laurent Puech sur un cas à Montpellier en 1997
  27. La maison «hantée» de Vailhauquès
  28. Les Lieux de l'Au-delà - Didier Audinot - JMG - 1999 p206
  29. La maison hantée de Séron
  30. Chronique de Raoul Glaber - J. -L. -J. Brière – Paris – 1824 – Chapitre X - Pluie de Pierres - p232
  31. Contacts avec l'au-delà – Guy Breton et Louis Pauwels – Robert Laffont – 1980 pp 199/203
  32. Lien vers l'assignation du journal La Patrie
  33. Les Phénomènes de hantise – Ernest Bozzano – Alcan – Paris – 1929 - Chapitre 7 - Cas XIX
  34. Fils du biologiste Lucien Cuénot, membre de l'académie des sciences
  35. Le Livre de l'inexplicable – Jacques Bergier et le groupe info – Albin michel – 1972 pp 209/214
  36. Contacts avec l'au-delà – Guy Breton et Louis Pauwels – Robert Laffont – 1980 pp 203/205
  37. Médiums et fantômes - Robert Tocquet - Publications premières - Paris - 1970
  38. Le Livre de l'inexplicable – Jacques Bergier et le groupe info – Albin Michel – 1972 pp 215/221
  39. Contacts avec l'au-delà – Guy Breton et Louis Pauwels – Robert Laffont – 1980 pp 203/205
  40. Surprenante Parapsychologie - Pr Hans Bender – Retz - 1977
  41. In New psychologist - Andrew Green - Janvier 1979
  42. C'est un pseudonyme, le vrai nom de famille étant Hodgson
  43. Janet Harper en lévitation
  44. Cette maison est hantée - Guy Lyon Playfair - Éditions du Rocher - 1982
  45. Histoires de revenants T2 - Xavier Yvanoff – Editions JMG – pp 72/73
  46. Henri Poincaré mathématicien, physicien et philosophe français
  47. Cette maison est hantée -Guy Lyon Playfair - Éditions du Rocher - 1982 p10
  48. Devenez sorciers, devenez savants et Gourous, sorciers et savants aux Éditions Odile Jacob
  49. Podmore est le nom d'un sorcier de la saga Harry Potter dans l'Ordre du Phénix - Certainement un clin d'œil de l'auteur J. K. Rowling.
  50. Proceedings of the American Society for Psychical Research - American Society for Psychical Research - H. B. Turner - 1908
  51. Zoar - William Henry Salte - reprint of the ed. published by Sidgwick and Jackson - Ayer Publishing - 1975
  52. Cinq Psychanalyses - Sigmund Freud - 1905 - Bibliothèque de psychanalyse - PUF - Paris - 1954 p319
  53. Vie et œuvre de Sigmund Freud - Ernest Jones - T3 - pp464-465
  54. Auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets : "Parapsychologie et Psychanalyse" - Dunod - 1990 / Comment penser le paranormal Éditions L'Harmattan - 2006
  55. Djohar Si Ahmed in Quand la maison crie - S. Michelet Robert Laffont - 1994 - chapitre «Une vraie psy chez les paras» p81
  56. Site de l'IMI
  57. Der Rosenheimer Spuk – ein Fall spontaner Psychokinese - Hans Bender - 1968 in Zeitschrift für Parapsychologie und Grenzgebiete der Psychologie 11 pp 104-112
  58. The Poltergeist - William G. Roll (1977) - Paraview Special Editions - 2004 ISBN : 1-931044-69-4
  59. Soit en anglais RSPK pour Recurrent Spontaneous Psycho-kinese
  60. Alan Gauld cité dans Les lieux hantés Les mystères de l'inconnu - Éditions Time-Life Amsterdam - 11/1989 - p73
  61. Cette maison est hantée - Guy Lyon Playfair - Éditions du Rocher - 1982 - p 252
  62. Poltergeist sur le site de l'IMI
  63. Possessions diaboliques
  64. Catéchisme de l'Église catholique - paragraphe 1673
  65. Le Livre des Esprits chapitre 106 - Allan Kardec - Jean de Bonnot - 2000 - p46
  66. Il s'agit plus de «clichés» de fantômes et de démons que du phénomène poltergeist...

Bibliographie

  • Apparitions et fantômes – G. N. M. Tyrell - Fasquelle – 1955
  • Apparitions et maisons hantées – Pascale Catala – Presses du Châtelet – 2004
  • Cette maison est hantée – Guy Lyon Playfair – Éditions du Rocher – 1982
  • Comment penser le paranormal - Djohar Si Ahmed – L'Harmattan - 2006
  • Encyclopédie des fantômes – Daniel Cohen - Robert Laffont – 1991
  • Essai sur les apparitions et opuscules divers - Arthur Schopenhauer - Felix Arcan - Paris - 1912.
  • Expériences autour d'un miroir – Djohar Si Ahmed et Sylvain Mercier - JMG – 1998
  • Histoire de revenants – Les temps modernes – Xavier Yvanoff – JMG – 2007
  • Introduction à la métapsychique humaine – René Sudre – Payot – Paris - 1926
  • La Maison hantée - Histoires de poltergeists – Claude Lecouteux – Imago - 2007
  • Le Mystère des maisons hantées - Émile Tizané – Tchou – 1977
  • Les Apparitions mystérieuses – François Favre – Tchou – 1978
  • Les Phénomènes de hantise – Ernest Bozzano – Alcan – Paris – 1929
  • Parapsychologie et psychanalyse – Djohar Si Ahmed - Dunod - Paris - 1990
  • Psi : au-delà de l'occultisme – Belanger, Beney, Dallaire et Drouin – Québec/Amérique - Montréal - 1978
  • Téléplastie spontanée et hantises in Traité de parapsychologie – René Sudre – Payot – Paris - 1968
  • Télépathie, clairvoyance, Psychokinèse – Hans Bender – Alsatia – 1980
  • Témoins d'au-delà - Didier Audinot – JMG -1999

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