Synchronicité

La synchronicité est l'occurrence simultanée d'au moins deux événements qui ne présentent pas de rapport de causalité, mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les perçoit.



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Définitions :

  • Relation chargée de sens entre la pensée d'un individu et un événement factuel extérieur et objectif.... (source : mentalisme-lelivre)

La synchronicité est l'occurrence simultanée d'au moins deux événements qui ne présentent pas de rapport de causalité, mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Notion développée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung et propre à la psychologie analytique jungienne, elle ne peut s'entendre que comparé aux autres concepts de la théorie jungienne, à savoir ceux d'archétype et d'inconscient collectif.

Pour Michel Cazenave, l'un des principaux éditeurs jungiens de France, la synchronicité est un concept épistémologique limite, s'agissant «probablement du domaine où Jung est , de prime abord, le plus aisément suspect de mysticisme, lorsque on ne parle pas franchement de magie. ». De même pour Isé Tardan Masquelier, dirigeante de la fédération française de yoga et auteur de Jung et la question du sacré[1]le psychiatre suisse pêche par imprécision, ayant volontairement quitté avec ce concept le terrain du pragmatisme et de la psychologie clinique ; Jung en effet «n'a pas suffisament formalisé sa théorie, la laissant à l'état d'hypothèse flottante»explique-t-elle.

Portée psychique du concept

C'est à partir de l'observation de certains événements que Jung s'interroge lorsque aux phénomènes de coïncidence a-causales. Dans Ma Vie[2]

Carl Gustav Jung a crée, développé et théorisé le concept de synchronicité
«Une fréquentation de la psychologie des phénomènes inconscients m'a forcé, depuis la plupart d'années déjà, à me mettre à la recherche d'un autre principe d'explication, puisque le principe de causalité me paraissait insuffisant pour éclairer certains phénomènes remarquables de la psychologie inconsciente. Je découvris en effet l'existence de phénomènes psychologiques parallèles entre lesquels il n'est totalement pas envisageable d'établir une relation causale mais qui doivent être dans un autre ordre de connexions. Une telle connexion me parut consister principalement dans la simultanéité relative, d'où le nom de «synchronicité». On dirait en effet que le temps n'est rien moins qu'une abstraction, mais bien plutôt un continuum concret renfermant des qualités ou des conditions principales qui peuvent se manifester dans une autre relative simultanéité en différents lieux selon un parallélisme dénué d'explications causales : c'est le cas par exemple de la naissance simultanée de pensées, de symboles ou d'états psychiques semblables. ».

Le concept a par conséquent une étendue épistémologique de l'ordre du psychique, et , même si Jung et Pauli ont travaillé sur son extension dans les sciences expérimentales ou principales, la synchronicité demeure une conjecture psychologique, qui ne fait sens qu'au sein d'un dispositif dual intégrant le conscient, qui en repère l'étrangeté (plan du sujet) et la survenue d'un événement extérieur étonnant (plan de l'objet)  :

«J'entends par synchronicité les coïncidences, qui ne sont pas rares, d'états de fait subjectifs et objectifs qui ne peuvent être expliquées de façon causale, tout au moins avec nos moyens actuels»[3].

Mais le conscient ne suffit pas pour appréhender le concept de synchronicité : l'hypothèse de l'inconscient (collectif) de Jung est indispensable pour replacer le phénomène dans un paradigme épistémologique. L'idée d'étudier ce phénomène vient ainsi d'une réflexion de Jung lors d'une séance d'analyse[4] :

«Une jeune patiente eut à un moment décisif du traitement un rêve dans lequel elle recevait en cadeau un scarabée doré. Lorsqu'elle me rapportait le rêve, j'étais assis le dos à la fenêtre fermée. Soudain j'entendis derrière moi un bruit, comme si on frappait un peu à la fenêtre. Je me retournais et vis qu'un insecte, en volant, heurtait la fenêtre à l'extérieur. J'ouvris la fenêtre et capturai l'insecte au vol. Il offrait la plus étroite ressemblance qu'on puisse trouver à notre latitude avec le scarabée doré. C'était un hanneton scarabéide, Cetonia aurata, «le hanneton des rosiers commun», qui s'était manifestement amené, contre toutes ses habitudes, à pénétrer dans une pièce obscure juste à ce moment. Je dois dire tout de suite qu'un tel cas ne s'est jamais produit pour moi, ni avant ni après, de même que le rêve de ma patiente est demeuré unique dans mon expérience. »

.

Cependant, Jung eut une coïncidence signifiante bien avant ce moment, avec Freud lui-même, et qu'il attribue à la synchronicité. Au début de leur rencontre, le 25 mars 1909, les deux hommes se retrouvèrent seuls pour évoquer l'intérêt des phénomènes parapsychologiques en psychanalyse. Freud refusa d'y voir des matériaux à exploiter, méprisant cet intérêt de Jung. Il y eut alors des craquements soudains dans la bibliothèque de Jung, qui, peu surpris, annonça à Freud qu'il s'en produirait de nouveau. En effet, peu de temps après un nouveau craquement se fit entendre ; Jung nota que Freud en fut spécifiquement effrayé, et depuis ce moment il nourrit un profonde méfiance envers le psychiatre suisse.

Néanmoins, Jung note des synchronicités en particulier dans l'interprétation des rêves. Sachant que le rêve, selon Jung, élabore des contenus inconscients, il semble alors, dans ce cas de coïncidence signifiante, que ce dernier trouve un écho matériel dans la réalité. De conscient, le phénomène devient de nature subconsciente car il établit une corrélation qualitative (symbolique le plus fréquemment) d'un fait psychique et d'un fait matériel. Il s'agit par conséquent, dans le cadre psychologique d'une vision simultanée qualitative. Sachant que le concept a un sens psychique, les continuateurs de Jung, en dépit d'une méthode scientifique et expérimentale, et lors d'associations de pensée quelque peu téméraires, vont voir dans certaines théories physiques modernes des preuves de l'opérabilité de la synchronicité (paradoxe EPR, fentes de Young, évolution phylogénétique, lueur fossile du Big Bang, fréquence de radioactivité, etc., voir le chapitre Des expériences d'a-causalité).

Michel Cazenave dans La synchronicité, l'âme et la science confirme la portée psychique du concept, contre l'ensemble des tentatives de récupération et aboutissant à définir des pseudo-sciences stériles; la synchronicité serait ainsi un concept nommé à être compris et théorisé dans l'avenir :

«A partir de ces réflexions, je ne crois par conséquent pas qu'on puisse insérer la notion de synchronicité dans le corpus des sciences comme elles sont actuellement, mais que nous nous trouvons plutôt avec elle au seuil d'une transformation radicale de ce que peuvent être les sciences, une transformation qui ne les abolira pas, mais les mettra à leur «juste place» dans une vision du réel bien plus étendue.»

La synchronicité explique les pratiques divinatoires

Pour Jung, le phénomène de synchronicité explique des pratiques rituelles ou mantiques (divinatoires) ancestrales comme, en premier lieu, l'astrologie et la méthode de consultation du Yi King qui reposent sur ce postulat d'une correspondance entre intérieur et extérieur, entre psyché et matière. Néanmoins il ne s'agit pas, pour Jung, de réelles prédictions ; l'utilisation de la synchronicité en divination prétend simplement prédire la qualité générale des phases temporelles dans lesquelles des événements synchronisistiques peuvent arriver. La synchronicité repose en effet sur l'activation dans l'inconscient du sujet d'un archétype qui induit une qualité. La consultation d'une méthode divinatoire sert à faire «s'exprimer», par ressemblance, cet archétype.

Un exemple de synchronicité, que chacun a pu expérimenter, est de recevoir un appel téléphonique d'une personne à laquelle on était précisément en train de penser. Jung intégra ce concept à sa théorie du fonctionnement psychique, au sens où cette occurrence étonnante pour le sujet le faisait aller dans une autre voie de réflexion, permettant à certains de connaître un changement d'état important. On retrouve ce phénomène à l'inverse, c'est-à-dire vers un état de dégradation, lorsque par exemple deux personnes se fâchent et que l'une d'elles a ensuite un accident grave. Le sujet qui a souhaité du mal à l'autre peut se trouver alors particulièrement affecté.

La synchronicité et les découvertes scientifiques

Dans Un Mythe moderne, où Jung tente de démontrer que le phénomène des Soucoupes volantes est un produit de l'inconscient face à un déracinement spirituel de l'individu, Jung reconnaît néanmoins la matérialité de certains événements. Il voit par conséquent dans les OVNIS un synchronicité à l'échelle mondiale : il n'existe aucune causalité entre le fait de voir des soucoupes volantes, réelles, et le fait que l'inconscient collectif use de ces images de mondes extraterrestres pour alerter l'individu.

Pour Pauli et Jung, les découvertes scientifiques sont fréquemment dues à des synchronicité ; il n'est en effet pas rare qu'un même fait soit découvert par plusieurs scientifiques à la même période. Arthur Kœstler en décrit ainsi un certain nombre dans son ouvrage, à l'origine des plus grandes théories scientifiques, Les somnambules. Darwin explique ainsi, alors sur l'archipel de Galapagos en train de mettre au point l'évolutionisme :

«J'en étais presque à la moitié de mon travail, rédigé Darwin à propos de sa théorie de l'évolution des nouvelles espèces. Mais mes plans furent bouleversés, car au début de l'été 1958, Mr Wallace, qui se trouvait alors dans l'archipel malais, m'envoya une étude (qui) contenait précisément la même théorie que la mienne. »

Définition du concept en psychologie analytique

Carl Gustav Jung a évoqué la synchronicité dès les années 1930, mais ce n'est que tardivement dans son œuvre, dans les années 1940/1950 qu'il va la définir plus exactement en lui consacrant un ouvrage entier : La Synchronicité comme principe d'agencement a-causal, dans Synchronicité et Paracelsia. Constitué à partir des racines grecques sun («avec») et khronos («le temps»), le concept de synchronicité, mis en avant par Jung est aussi utilisé en thérapie par les psychanalystes du courant jungien (psychologie analytique). Les autres écoles de psychanalyse (freudienne, lacannienne, etc. ) ne reconnaissent pas de pertinence à ce concept.

Jung la définit exactement, a contrario de la simple coïncidence ou du hasard, comme la simultanéité d'un état normal avec un état critique, relatifs à la psychologie du sujet :

«Les événements synchronisistiques reposent sur la simultanéité des deux états psychiques différents. »

Néanmoins, le fait qu'on ne puisse pas expérimenter le champ de la synchronicité par des méthodes classiques impose la plus grande prudence. Marie-Louise Von Franz explique ainsi : «Il existe des chaînes de causalité qui nous semblent n'avoir aucun sens (comme les machines de Tinguely), et il existe aussi des coïncidences aléatoires qui n'ont aucun sens. Il faut par conséquent se garder, Jung y a insisté, de voir des coïncidences significatives à l'endroit où n'y en a pas réellement. »[5].

Le Yi King se fonderait sur la synchronicité

Dans ses rédigés, Jung montre que la statistique ne fonctionne pas dans ce domaine, car elle semble truquée par la synchronicité qui intègre la subjectivité (et le sens donné à l'événement) de celui qui constate la coïncidence (événement discret) tandis que les probabilités raisonnent sur des séries étendues et sans qualité. Le concept de synchronicité ne s'entend par conséquent qu'en psychologie car il comporte une estimation qualitative impossible à expérimenter. Jung a néanmoins tenté, avant de mourir, de mettre au point une méthode expérimentale pour cerner la synchronicité : il voulait assembler un groupe d'élèves qui devaient trouver des individus dans une situation critique du point de vue personnel (après un accident, un divorce ou la mort d'un proche), et dans laquelle un archétype est suspecté activé. Les élèves auraient ensuite fait passer ces personnes à une série de moyens respectant les traditions de divination (horoscope de transit, Yi King, Tarot, calendrier mexicain, oracle géomantique, rêves, etc. ) et auraient alors recherché si les résultats de ces techniques convergeaient ou non.

En d'autres mots, et selon l'expression de Michel Cazenave : «le phénomène de synchronicité n'existe que parce qu'il fait un sens»[6]. Cependant, le concept de synchronicité n'est en rien métaphysique pour Jung. Étant lié à l'arrière-plan inconscient, il est par conséquent objectif car il ne s'agit pas d'abstractions ou d'a priori religieux : le phénomène est mesurable (il a une intensité dans l'observation) dans une certaine mesure. On reprocha ainsi à Jung ainsi qu'à ses continuateurs de mélanger les plans[7] épistémologiques, et de réaliser ainsi un syncrétisme douteux.

La synchronicité avant Jung

Paul Kammerer, un zoologiste autrichien, fut le premier scientifique moderne (avant Jung) à considérer les coïncidences sous un angle non mécaniste. Dès 1900, et pendant plusieurs années, il note des observations de coïncidences. En 1919, il publie la conclusion de son travail qui décrit l'univers comme un «monde mosaïque, qui, malgré de constants mouvements et réarrangements, vise à réunir les choses identiques»[8]. Jung, aidé du physicien Wolfgang Ernst Pauli, approfondira les travaux de Kammerer, en définissant le concept de synchronicité et en décrivant les liens qu'il y a avec les processus de l'inconscient. Pauli & Carl Gustav Jung ont dialogué pendant de nombreuses années. [9] Pauli a suivi dans les années trente une cure analytique avec l'un des élèves de Jung, cure dont la série de rêves a été étudiée par Jung lui-même dans Psychologie et Alchimie.

Wolgang Ernst Pauli

Jung s'est inspiré de Schopenhauer pour créer le terme de synchronicité et surtout de son traité L'intentionnalité apparente dans le destin de l'individu : Parerga und Paralipoména. Schopenhauer évoque ainsi : une «simultanéité, de celle qui n'a pas de connexion causale». La Volonté serait ainsi la première cause de laquelle irradient l'ensemble des chaînes causales, comme «simultanéité significative», expression que reprend Jung.

La synchronicité et le synchronisme

Dans son étude intitulée La Synchronicité comme principe d'agencement a-causal, Jung pose :

«J'emploie par conséquent ici le concept général de synchronicité dans le sens spécifique de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens semblable ou analogue. Le terme s'oppose à «synchronisme» qui sert à désigner la simple simultanéité de deux événements. La synchronicité veut dire par conséquent en premier lieu la simultanéité d'un certain état psychique avec un ou plusieurs événements parallèles signifiants comparé à l'état subjectif du moment, et - peut-être - vice-versa. »

Néanmoins, il faut rappeler que le cadre épistémologique de Jung est moins celui de la physique, qui repose sur des lois expérimentées, que celui du psychologique, qui se fonde lui sur la vision du sujet. Ce qui est important pour Jung dans le phénomène synchronisistique n'est pas que deux événements se produisent en même temps (il s'agit alors de synchronisme, autre mot du hasard des physiciens), mais que le sujet en est marqué, qu'il l'observe, et enfin qu'il en donne sens. Jung parle même, dans L'homme a la découverte de son âme, d'une propriété de guérison liée à cette constatation de synchronicité, à la base surtout des croyances animistes ou des expériences mystiques.

Jung montre mais aussi les peuples et sociétés non rationnelles établissent leurs calendriers et leurs rituels magiques sur la coïncidence d'événements, correspondants à des états psychiques qu'il dit excités. Selon lui, l'archétype, qui explique le processus de la synchronicité, transgresse le plan psychique pour se projeter dans la matière (voir plus bas).

Les trois plans du phénomène synchronisistique

Michel Cazenave, qui dirige d'autre part un groupe de recherche sur l'unus mundus et sur la synchronicité, propose de voir dans le concept de synchronicité trois plans différents :

  1. un niveau événementiel où c'est l'événement lui-même qui crée un sens pour le sujet car a-causal,
  2. un niveau ordonnanciel qui renvoie à un ordre supérieur où l'événement est le signe,
  3. un niveau métaphysique, lié à la réalité physique, à l'ombre de la synchronicité, renvoyant à la notion d'unus mundus.

Cazenave développe ainsi l'unus mundus, esquissé par Jung, comme «intermonde spécifique où se subsumerait la causalité physique et où s'assumerait une acausalité spécifique»[10] ; un espace de réalité potentielle par conséquent où existe une «matière spirituelle» et un «esprit matériel». Pour Cazenave, la synchronicité se manifeste avant tout dans les «actes de création» singuliers, ceux relevés par la physique quantique en premier lieu, expliquant surtout la conscience (hypothèse de Niels Bohr) comme le rapport intime entre le corps et l'esprit, la cosmogonie ou l'évolution phylogénétique.

Archétypes et synchronicité

Icône de détail Article détaillé : Archétype (psychanalyse) .

L'archétype est un complexe psychique autonome siégeant dans l'inconscient des civilisations, à la base de toute représentation de l'homme sur son univers, tant intérieur qu'extérieur : ils sont «les fondements de la part collective d'une conception»[11]. Il se démarque par une intense charge émotionnelle et instinctuelle dont la rencontre teinte la vie de l'homme qui y est confronté de manière existentielle. Le concept de synchronicité fait couple avec celui d'archétype, qui dans les limites de la psychologie analytique, explique son processus :

«Une synchronicité apparaît quand notre psychisme se focalise sur une image archétypale dans l'univers extérieur, lequel comme un miroir nous renvoie une sorte de reflet de nos soucis sous la forme d'un événement marqué de symboles pour que nous puissions les utiliser. Nous nous trouvons face à un «hasard» signifiant et créateur. ».

Dans l'exemple qu'il donne, relatif à sa séance avec une patiente, qu'il appelle le rêve du scarabée d'or, la synchronicité lui a permis de faire la corrélation entre la présence d'un archétype, symbolisé par l'insecte, et la présence simultanée, réelle, du coléoptère. Cette corrélation lui permis ainsi de relancer la thérapie, qui stagnait alors. L'archétype excité était, selon Jung, en lien avec le thème de la renaissance, le scarabée signifiant le renaître de l'âme dans nombre de civilisations, dont l'Egypte des Pharaons, à travers le dieu kephrî.

Dans Un Mythe moderne, Jung considère que des instincts non pris en compte par le Moi, refoulés, peuvent se manifester dans des visions, des névroses, mais également par une chaîne de causalité aboutissant à un «hasard malheureux», à une synchronicité négative.

Comme le rêve par conséquent, la synchronicité serait l'une des voies par lesquelles l'inconscient exprime un message, excepté que, contrairement au plan onirique, le phénomène se projette dans la réalité. Jung distingue par conséquent la synchronicité comme expulsation de contenus inconscients et les hypothèses qui suivirent dans ses recherches pour la lier au monde de la physique principale. En d'autres termes, jamais le psychiatre suisse n'apporta de réponse quant au fonctionnement du phénomène, de manière rationnelle ; avec Pauli il n'élabora que des conjectures tenant compte de principes quantiques de causalité et d'espace-temps.

Jung, Pauli et d'autres, comme Marie-Louise Von Franz, qui continua ses recherches, vont ainsi présenter des hypothèses mêlant d'autres champs que celui de la psychologie et reposant sur des concepts limites (qu'aucune expérience ne vient corroborer)  :

L'hypothèse du savoir absolu : le savoir issu de l'inconscient

Icône de détail Article détaillé : inconscient (psychologie analytique) .

Pour Carl Gustav Jung, l'inconscient est une réalité objective : il est collectif et trans-personnel :

«la psychologie n'est pas seulement un fait personnel. L'inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, qu'on pourrait comparer à une perturbation cosmique. L'inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu'une catastrophe cosmique ou météorologique. »[12]

Carl Gustav Jung envisage l'existence d'un «savoir absolu» constitué par un inconscient collectif constitué d'archétypes, et lié surtout à la doctrine platonicienne de la Réminiscence (ou anamnèse). Pour prouver cette notion, Jung prend ainsi l'exemple de comportements innés ou de calculs impossibles comme ceux des rêves prophétiques. Le savoir absolu semble ainsi, selon lui, une propriété qu'à l'inconscient, de prévoir statistiquement l'occurrence de phénomènes réels. Certaines abstractions de la métaphysique ou de la science s'expliquent ainsi par ce savoir absolu ; Pauli a d'ailleurs montré dans son ouvrage que les représentations scientifiques (ou modèles), comme ceux de Kepler, de Kekulé ou d'Einstein, naissent d'images intérieures spontanées. Les expériences parapsychologiques comme la télépathie, mais aussi le montre les investigations de Zener au moyen de cartes comportant des symboles à deviner, témoignent, pour Jung, de l'existence d'une capacité de calcul infini de l'inconscient, en situation d'excitation (ce qui explique selon lui l'impossibilité de reproduire les cas).

Jung donne ainsi, entre maints exemples, celui de l'envoi d'une lettre contenant le récit d'un rêve d'un patient, inculte sur ce sujet, où ce dernier relatait l'intervention onirique de soucoupes volantes, tandis que Jung faisait au même moment des recherches sur ce thème. Jung et Pauli considèrent ainsi qu'il existe de nombreux cas identiques au sein de la recherche scientifique : de nombreuses découvertes sont fréquemment en simultanéité de part le monde. Néanmoins, Jung se défend d'y voir un plan divin, un destin ou un karma. Il s'agit bien plutôt d'une propriété inconnue toujours de la psyché, pour laquelle l'espace et le temps, comme la gravitation et d'autres lois physiques, sont inexistantes.

Von Franz cite ainsi les dernières recherches du mathématicien Olivier Costa de Beauregard qui, en 1963, prenant comme point de départ les théories de l'information, postule l'existence d'un infrapsychisme cœxtensif avec le monde quadridimensionnel de Einstein-Minkowski, dans son ouvrage Le Second principe de la science du temps. Von Franz, comme Hubert Reeves, prend ainsi comme exemples le paradoxe EPR (pour Einstein-Podolski-Rosen) dans lequel deux particules se comportent de manière coordonnée entre elles mais aléatoire comparé aux conditions initiales, tandis que leurs positions leur interdisent de s'échanger des signaux (ou alors supraluminiques ou alors rétrochrones, selon les variantes de l'expérience). De même, dans la loi de la demie-vie de la désintégration radioactive, où chaque atome semble se désintégrer de manière organisée comparé à un ensemble auquel il appartient, et non de manière aléatoire[13].

L'hypothèse de l'explication des synchronicités comme calculs probabilistes issus de l'inconscient forme la première de la psychologie analytique ; Jung développa ensuite celle, davantage mystique, d'une compétence énergétiste.

L'hypothèse d'un Tout psycho-physique

A la suite de Jung, Marie-Louise Von Franz postule l'existence d'un univers virtuel à la fois psychique et matériel appelé unus mundus (en latin : le Monde-Un)  : «[Le principe de synchronicité] que j'ai défini comme coïncidence signifiante [écrit Jung dans Mysterium Conjunctionis] suggère un rapport entre des phénomènes non reliés par la causalité, ou alors une unité de ces phénomènes et représente par conséquent un aspect d'unité de l'être qu'on peut à bon droit désigner comme «unus mundus»»[14].

Selon elle , «le physicien et le psychologue observeraient en fait un même monde par deux canaux divers»[15]. Von Franz se fonde sur ce point sur les découvertes récentes de la science, qui tend à montrer de plus en plus la relativité de la dimension spatio-temporelle. Pour expliquer cette hypothèse, Von Franz propose de ne plus considérer la psyché comme un corps qui se meut dans le temps mais comme une «intensité sans étendue», renvoyant à l'énergie, tant psychique (démontrée par Jung qui pour qui la libido est énergétique) que physique (les quanta surtout). Les phénomènes assez habituels dits de télépathie prouvent, par leur existence comme phénomène, non par reproduction scientifique que l'espace et le temps n'ont pour la psyché qu'une valeur relative. Jung se fonde ainsi sur les expériences de Rhine qui, statistiquement, attestent une certaine fréquence de reproduction de la clairvoyance.

L'hypothèse de l'unus mundus est par conséquent celle d'une unité de l'énergie physique et de l'énergie physique, via un corps intermédiaire, au sens d'univers ou de champ d'une autre réalité que celle du physique ou du psychique, que Jung appelle psychoïde ; domaine de transgression du clivage traditionnel :

«Comme psyché et matière sont contenues dans un seul et même monde, qu'elles sont en outre en contact continuel l'une avec l'autre …, il n'est pas uniquement envisageable, mais, dans une certaine mesure vraiidentique, que matière et psyché soient deux aspects différents d'une seule et même chose. Les phénomènes de synchronicité indiquent, me semble-t-il, une telle direction, puisque, sans lien causal, le non-psychique peut se comporter comme le psychique, et inversement»[16].

Von Franz cite ainsi des théories et conjectures scientifiques modernes pointant cette possibilité : celle de David Bohm d'une part, et son modèle du holomouvement, exposé dans Wholeness and the Implicate Order et dans Science et conscience, chapitre Ordre involué-évolué de l'univers et de la conscience. Von Franz considère que ce monde intermédiaire se fonde sur la série des nombres naturels, reconnures comme des «configurations rythmiques de l'énergie psychique.».

Dans leur ouvrage commun, Synchronicité comme principe de connexions a-causales (1952), Wolfgang Pauli et Jung aboutissent à schématiser les quatre lois principales de l'unus mundus sous une forme quaternaire (voir image ci-jointe)  ; la synchronicité est selon eux la dimension manquante pour aboutir à une vision totale de l'implication physique-psychique. Sur proposition de Pauli, la figure est bâtie de telle manière que les postulats de la psychologie analytique et ceux de la physique se trouvent satisfaits.

Les quatre lois principales de l'unus mundus, dont la synchronicité. D'après Wolfgang Ernst Pauli

Hubert Reeves dans sa contribution à l'ouvrage collectif La synchronicité, l'âme et la science résume ainsi l'ambition du concept jungien de synchronicité, tout en en remarquant l'imprécision, que la science future devrait soulever :

«Ces événements, selon Jung, ne sont pas isolés mais appartiennent à «un facteur universel existant de toute éternité» (…) Le facteur psychique que Jung associe aux événements dits «synchronisistiqes» n'est pas surajouté à une nature impersonnelle. Il est significatif de la très grande unité, sur l'ensemble des plans, de notre univers. Ces spéculations sont-elles futiles et creuses ? Je ne le crois pas. Il s'agit plutôt d'intuitions exprimées par des balbutiements maladroits. Les mots mêmes nous font défaut. »

Des expériences d'a-causalité

Les continuateurs de Jung, en dépit d'une formation de psychologue, vont voir dans de célèbres expériences limites de la physique moderne des preuves de l'opérabilité de la synchronicité. Ces expériences sont aussi sujettes à polémiques en science ; elles sont d'autre part «récupérées» à des fins d'irréfutabilité par des sectes ou des courants de pensée illuminés. Elles sont davantage exposées dans l'ouvrage commun La synchronicité, l'âme et la vie de Michel Cazenave. L'article n'abordera que deux de ces expériences polémiques ; on peut néanmoins citer le rayonnement fossile du fond cosmique, les mutations rayonnantes en évolution des espèces, le Pendule de Foucault enfin.

La désintégration des atomes

Le fait que les atomes se désintègrent spontanément (ou radioactivité), passant d'une vie à une demie-vie puis à de moins en moins de protons, est perçu comme une preuve de synchronicité. Hubert Reeves dans le chapitre Incursion dans le monde a-causal explique ainsi la nature a-causale de ce phénomène :

«Jusqu'ici nous sommes en pleine causalité. Une cause : la charge excessive, un effet : la cassure [de l'atome]. Mais si nous demandons pourquoi tel atome se casse en premier et tel atome ensuite, il semble quoique nous plongions dans l'acausalité. La très grande majorité des physiciens s'accordent actuellement pour dire qu'il n'y a là aucune raison de quelque nature qu'elle soit (…) Nous savons pourquoi les atomes éclatent, mais pas pourquoi ils éclatent à un instant donné[17]

Le paradoxe E. P. R.

L'expérience E. P. R. (pour Einstein-Podolski-Rosen) dans lequel deux particules se comportent de manière coordonnée entre elles mais aléatoire comparé aux conditions initiales, tandis que leurs positions leur interdisent de s'échanger des signaux (ou alors supraluminiques ou alors rétrochrones, selon les variantes de l'expérience) démontre en physique moderne l'incapacité de penser le monde de manière causale pour les successeurs de Jung. Reeves pense mais aussi cette expérience montre l'existence d'un plan d'informations consistant en «une présence continuelle de l'ensemble des particules dans tout le dispositif, qui ne s'interrompt pas une fois qu'elle a été établie. (…) Ce paradoxe trouve sa solution lorsque on reconnaît que la notion de localisation des propriétés n'est pas applicable à l'échelle atomique»[18].

Olivier Costa de Beauregard, mathématicien œuvrant surtout sur le paradoxe E. P. R va ainsi proposer une vision à rebours des modèles scientifiques déterminants ; Von Franz y verra une tentative scientifique, parallèle à celle de la psychologie, pour former une définition de l'unus mundus. Costa de Beauregard constate qu'il n'existe que «quatre portes de sortie» pour expliquer le paradoxe E. P. R.  ; il cite ainsi[19] : «

  1. la première, est qu'on calcule parce que cela marche, mais on ne réfléchit pas. C'est la position de la grande majorité des physiciens quantiques opérationnels.
  2. La seconde est que la mécanique quantique se trompe, et que la corrélation EPR disparaîtrait aux longues distances : C'était la position de Schrodinger en 1935.
  3. La troisième est que la relativité se trompe, Telle est l'idée caressée par d'Espagnat et Schimony.
  4. La quatrième porte de sortie est celle que je propose. Il faut changer notre conception de la causalité et accepter le principe d'une causalité rétrograde»

Les E. S. P ou Expériences Extra Sensorielles

Les expériences parapsychologiques comme la télékinésie ou la télépathie forment pour Jung une classe de phénomènes prouvant la synchronicité. Jung explique à leur sujet : «Ne devrions-nous pas quitter particulièrement les catégories spatio-temporelles lorsqu'il s'agit de la psyché? Peut être devrions-nous définir la psyché comme une intensité sans étendue et non point comme un corps qui se meut dans le temps». Jung reconnaît en ces phénomènes dits Psy le caractère non statistique, et le fait que la science n'en a aucune explication ; en somme ils forment une exception qui mérite de s'y interroger. Jung ne croit pas en la surnature de ces phénomènes, il les ramène à des capacités psychiques permises par la synchronicité.

La relation corps-esprit

Michel Cazenave a été le premier à lancer l'idée que la synchronicité serait à l'origine de la somatisation, et d'une façon plus générale de la symbiose corps-esprit, visible lors de certains états maladifs ou pathologiques. Le Docteur Bernard Long[20] y voit ainsi la loi de l'homéopathie.

Développements ultérieurs

Le concept jungien va ensuite intéresser le développement personnel comme une certaine littérature du paranormal, disciplines qui ne vont en retenir que la coïncidence signifiante et non l'origine psychique étudiée par Jung et ses successeurs :

Favoriser la synchronicité

Les psychothérapies modernes d'inspiration en partie jungienne utilisent le concept de synchronicité dans le domaine du développement personnel : la naissance de synchronicités peut ainsi être favorisée par l'intuition et par les rêves. Néanmoins, jamais C. G. Jung n'a exposé ces considérations thérapeutiques ; le concept a toujours été chez lui une hypothèse de transgression des mondes physiques et psychiques, suite à l'activation d'un archétype, entraînant une simulatanéité temporelle et qualitiative (ressemblance) d'une situation mentale avec une situation réelle. Le courant de la psychologie transpersonnelle, né dans les années 1970 en Californie, proche des préoccupations du courant New Age originel, est ainsi marqué par l'influence importante de Jung et attache une grande importance à la synchronicité.

L'intuition

L'intuition nous permettrait de nous diriger vers des évènements chargés de sens selon la théorie de la psychologie transpersonnelle qui fusionne divers courants dont la perspective jungienne de la synchronicité[21]. Sous la gouverne du mental, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus court, le plus efficace, le moins risqué pour cet être, bref le plus logique. Sous la gouverne de l'intuition, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus chargé de sens. En suivant son intuition, l'être marche vers la synchronicité. L'intuition peut alors être utilisée de deux façons :

  • A partir d'une intention. Il faut alors formuler une intention, lâcher prise et écouter son intuition : Le suivi de l'intuition pourrait être une étape subséquente à une autre soit celle de la formulation d'une intention, d'un souhait. Dans bien des cas, cette première étape est fréquemment inconsciente. Voici un exemple, recensé dans le livre d'Erik Pigani qui illustre ces hypothèses :
'«'Lise, auteur de chansons, raconte une expérience spécifiquement significative. Tandis qu'elle était toujours étudiante, elle décide d'investir toutes ses économies pour ouvrir un bar à chansons à Québec. Pour l'inauguration, elle aimerait faire venir des journalistes, mais tous lui répondent qu'elle doit créer un événement en faisant parrainer son bar par une personnalité. Le chanteur Félix Leclerc, par exemple. [Ici, elle formule une intention : contacter Félix Leclerc] Alors, elle cherche à contacter ce dernier, en vain. " C'était terrible. J'avais vraiment besoin de sa présence pour l'ouverture, raconte Lise. Sans lui, pas de presse. Mais je ne me suis pas découragée, j'ai eu confiance en la vie, sachant qu'elle apporte fréquemment des réponses à nos besoins fondamentaux. [Ici, elle lâche prise et s'ouvre] Le soir même, la jeune femme éprouve l'envie de faire un tour en voiture, poursuit Erik Pigani. Pourtant, c'est l'hiver, il fait nuit et froid. Elle roule par conséquent. [Ici, elle suit son intuition]Soudain, devant elle une voiture fait une embardée et se fiche dans un banc de neige. Lise s'arrête, le conducteur sort de son véhicule… " et qui croyez-vous se trouvait devant elle ? Pour ceux qui ne l'auraient pas deviné, il s'agissait de Félix Leclerc, évidemment. " Quinze jours plus tard, relate le journaliste, le chanteur faisait l'ouverture du bar de Lise. " Il y a plusieurs exemples comme celui-là. »[22]
  • A partir d'une question : il faut alors poser une question, lâcher prise et écouter son intuition. On peut utiliser le principe de synchronicité aussi pour obtenir un conseil ou une aide éclairante en posant la question claire et honnête avec l'intention de connaître la réponse, en lâchant prise et en s'ouvrant à son environnement : en écoutant son intuition

Les rêves

Icône de détail Article détaillé : Rêve (psychologie analytique) .

Selon les analystes jungiens, les rêves fournissent des images et des scénarios qui sont fondamentaux dans l'investigation de l'inconscient. Accorder de l'attention aux rêves, c'est encourager son mental à prêter attention aux détails de son existence, et cela aide à intégrer les messages inconscients à son vécu conscient, [22] et d'être ainsi plus à l'écoute des coïncidences et des synchronicités. C'est un travail de conscientisation, lié au concept jungien d'individuation.

En 1916 Carl Gustav Jung publie Allgemeine Gesichtspunkte zur Psychologie des Traumes (Points de vues généraux de la psychologie du rêve) où il développe sa propre compréhension des rêves qui change énormément de celle de Freud. Pour lui, les rêves sont aussi une porte ouverte sur l'inconscient, mais il élargit leurs fonctions comparé à Freud. Selon Jung, une des principales fonctions du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique.

Un travail sur ses rêves permettraient par conséquent de faciliter les synchronicités.

Littérature et paranormal

La synchronicité suscite un certain intérêt dans le courant qui aborde fréquemment le thème des pouvoirs «psi» : télépathie, les prémonitions, la médiumnité et le spiritisme[23].

Le best-seller de James Redfield La Prophétie des Andes et ses nombreuses suites est basé entièrement sur l'hypothèse que les synchronicités et les coincidences ouvrent de nouvelles voies spirituelles et représentent un éclairage de la destinée. Il en va de même pour le roman L'Alchimiste, de Paulo Cœlho. L'observation des synchronicités est une pratique qui est devenue commune ces dernières années à un certain nombre de personnes qui sont sur un chemin ou une voie spirituelle de conscientisation et mettent l'accent sur l'attention dans la vie quotidienne.

En 2007, Louise Tremblay, conférencière québécoise, publie un CD intitulé "La Sagesse du pic-bois " dans laquelle elle présente une interprétation facile à comprendre du phénomène de synchronicité dans la vie de l'ensemble des jours et ceci en dehors de tout principe religieux[24]

Domaine artistique

En 1983, le groupe de rock The Police a sorti un album intitulé Synchronicity ; dont la chanson éponyme disait : Effect without a cause / Sub-atomic laws / scientific pause / Synchronicity.

Causalité vs. acausalité

La causalité fait partie des lois naturelles connues, or, la synchronicité est , par définition, acausale. Son existence réelle est par conséquent mise en doute, du moins selon une vision seulement déterministe du monde.

L'astrophysicien Hubert Reeves qualifie de «risquée» l'exploration de l'acausalité puisqu'un «événement est dit acausal jusqu'à ce qu'on ait découvert sa cause. C'est-à-dire son appartenance au monde des causes et des effets.» Il conclut alors : «L'histoire des sciences c'est , en définitive, la liste des relations causales découvertes successivement entre des objets apparemment sans relation.»[25]

La synchronicité, objet pseudo-scientifique

Icône de détail Article détaillé : Pseudo-science.

Le concept de synchronicité n'est pas, au sens de Karl Popper, réfutable, au même titre d'ailleurs que la psychanalyse elle-même (cf critique épistémologique de la psychanalyse). Même si une théorie ou un concept pseudo-scientifique n'est pas obligatoirement faux, cette question entache sérieusement la netteté du concept.

Le concept de synchronicité couvre une large partie des critères servant à caractériser une pseudo-science, surtout :

  • Un protocole expérimental invalide : il ne s'agit pas d'émettre une hypothèse puis de la vérifier, en prédisant un événement, puis en vérifiant s'il est apparu ou non. Il s'agit ici de choisir parmi un vaste ensemble de coïncidences acausales (dont certaines se sont produites) celles qui permettent de confirmer la théorie (mieux, c'est le fait même qu'elles aient eu lieu qui rend visible ces coïncidences). Il est alors facile de valider la théorie mais cela repose sur le flou de l'hypothèse de départ.
  • L'impossibilité de réfuter la théorie : ce point découle directement du précédent. Il n'est pas envisageable de dire que cette théorie est fausse dans la mesure où elle n'est pas suffisament cadrée expérimentalement.
  • Le choix d'une théorie arbitraire face à une explication simple : le rasoir d'Occam (aussi appelé principe de parcimonie), heuristique féconde en épistémologie, invite à préférer les explications simples, quand c'est envisageable sans introduire d'entités non indispensables. C'est le cas ici si le phénomène peut s'expliquer simplement à partir des connaissances statistiques actuelles (les probabilités indiquent qu'une «main idéale» au bridge doit sortir de temps à autre).

La prétendue «loi des séries» trouve les mêmes origines. Pour un processus sans mémoire, des événements doivent obligatoirement à certaines périodes être plus nombreux que leur moyenne : par exemple plusieurs accidents d'avion peuvent se produire en quelques jours ; cela n'implique pas un mécanisme spécifique (la probabilité d'un accident est la même le lendemain d'un accident du même type que deux jours avant — sauf si l'accident a conduit à prendre plus de précautions)  ; c'est simplement que comme l'intuition dicte le contraire (tendance à croire que deux accidents ont une probabilité particulièrement faible de s'enchaîner) qu'on en vient à supposer surnaturels les enchaînements.

Il y eut des tentatives de rapprochement entre la synchronicité et le paradoxe EPR. [26] Comme l'ensemble des récupérations de cet effet, celle-ci s'estompa lorsque les physiciens étalèrent une interprétation de l'effet EPR en renonçant à la localité.

Un mauvais usage de la statistique

Un évènement statistiquement improbable n'a, par définition, que particulièrement peu de chances de se produire. Mais si on analyse une large quantité d'évènements improbables, il y a l'ensemble des chances qu'il puisse s'en produire un (étant donné que la quantité d'évènements est inversement proportionnelle à la probabilité de chaque évènement). Les coïncidences acausales sont elles aussi fortement improbables, mais en raison même de la variété et de la quantité de ces coïncidences, la probabilité que l'une d'elle au moins se produise est particulièrement forte. Par extension, il est fortement improbable que jamais n'apparaissent une de ces coïncidences[27].

Richard Feynman cite un moment où il eut un pressentiment que sa grand-mère venait de mourir. Dès lors, le téléphone sonne, et c'était un appel de ses parents. Il s'enquiert immédiatement de la santé de sa grand-mère : il se trouve que celle-ci se portait particulièrement bien. Or qui pense à compter le nombre de coïncidences non réalisées ?

Des coïncidences non-espérées

Dans le cadre de la synchronicité, le biais est double puisque les évènements improbables ne sont pas attendus. Il ne s'agit pas d'attendre un évènement donné mais un signe. La fiabilité du résultat ne dépend par conséquent que de l'interprétation de l'expérimentateur, ce qui n'est pas acceptable dans un cadre scientifique. De plus, il ne s'agit plus d'attendre un évènement fortement improbable, mais bien de tirer un évènement qui s'est produit (une coïncidence dans le cas de la synchronicité) et de constater qu'il était en effet particulièrement improbable. La totalité des coïncidences acceptables et acausales est extrêmement large face à la probabilité de chaque coïncidence. Il est par conséquent particulièrement probable qu'un de ces évènements se produise. «Si vous allez voir un nombre gigantesque de lieux et considérez comme une preuve tout ce sur quoi vous tombez, vous êtes sûr de découvrir du sens là ou il n'y en a pas.»[28] (voir Paradoxe de Hempel)

En psychologie, le processus tendant à considérer comme des choix personnels dictés par une attitude rationnelle ce qui est fréquemment le résultat de concours de circonstances se nomme la rationalisation. Le processus de reconnaître des symboles ou des motifs dans des données aléatoires ou sans sens spécifique se nomme apophénie.

Umberto Eco a raillé cette propension à la recherche de coïncidences dans un de ses romans :

Il ouvrit tout grands et théâtralement les battants, nous invita à venir voir et nous montra, au loin, à l'angle de la ruelle et des avenues, un petit kiosque de bois où se vendaient certainement les billets de la loterie de Merano.
«Messieurs, dit-il, je vous invite à aller mesurer ce kiosque. Vous verrez que la longueur de l'éventaire est de 149 centimètres, c'est-à-dire un cent-milliardième de la distance Terre-Soleil. La hauteur postérieure divisée par la largeur de l'ouverture fait 176 : 56 = 3, 14. La hauteur antérieure est de 19 décimètres, c'est-à-dire identique au nombre d'années du cycle lunaire grec. La somme des hauteurs des deux arêtes antérieures et des deux arêtes postérieures fait 190 x 2 + 176 x 2 = 732, qui est la date de la victoire de Poitiers. L'épaisseur de l'éventaire est de 3, 10 centimètres et la largeur de l'encadrement de l'ouverture de 8, 8 centimètres. En remplaçant les nombres entiers par la lettre alphabétique correspondante, nous aurons C10H8, qui est la formule de la naphtaline.»[29]

Le paradoxe des anniversaires est un exemple de paradoxe probabiliste qui montre comment l'esprit humain peut voir une coïncidence étonnante à l'endroit où les lois des probabilités prédisaient que la collision était en fait particulièrement vraiidentique.

La synchronicité au jour des théorie psychiatrique

La psychiatrie actuelle va plus loin dans la négation des théories de synchronisme théorisées par Jung, en considérant comme symptôme d'une pathologie le fait de rester alerte quant aux éventuels messages que les éléments extérieur (journaux, affiche, horaires, télévision, dialogue environnant, etc) pourraient apporter. On nomme cela des Idées_de_référence, voir des Délire_d'interprétation.

Bibliographie

Notes

  1. Albin Michel, 2000
  2. Glossaire, p. 463
  3. Les Racines de la conscience, page 528
  4. Relatée dans son autobiographie : Ma vie, p.
  5. La Synchronicité, l'âme et la vie, p.  176
  6. La Synchronicité, l'âme et la vie, p.  25
  7. Voir à ce sujet : La totalité par Christian Godin, p.  132, sur Jung : [1]
  8. La synchronicité selon Jung, http ://www. alliancespirite. org/dossier-4. html.
  9. Correspondance 1932-1958. Albin Michel, 2000.
  10. La Synchronicité, l'âme et la science, p.  31.
  11. Ma Vie, p. 394
  12. in Carl Gustav Jung, Sur l'Interprétation des rêves, Albin Michel, 1998 p 218.
  13. La Synchronicité, l'âme et la science, chapitre Incursion dans le monde acausal par Hubert Reeves, pp.  11 et 12 : «La charge électrique fixe le comportement général mais pas le comportement individuel»
  14. Gesammelte Werke 14/2, Walter Verlag, p. 232-33, traduit par Anna Griève
  15. La synchronicité, l'âme et la science, p. 163
  16. Les Racines de la conscience, p. 540
  17. opcit, p. 12
  18. La Synchronicité, l'âme et la vie, p. 14
  19. Interview de C. De Beauregard
  20. [2]
  21. La synchronicité et la psychologie transpersonnelle
  22. ab Erik Pigani, Provoquer des hasards heureux, c'est envisageable !, Psychologies, septembre 1999.
  23. Voir ainsi : La synchronicité selon Jung par l'Alliance Spirite
  24. éditeur Coffragants, 2007. ISBN 9782895582878.
  25. Hubert Reeves, Incursion dans le monde acausal La Synchronicité, l'Âme et la Science, Éd. Poiesis, Diff. Payot, 1984.
  26. Philosophie et spiritualité
  27. Broch & Charpak réservent une partie de leur livre pour détailler ce point, en commentant une photographie réalisée par l'un d'entre eux, photographie troublante puisque faisant apparaître un phénomène particulièrement improbable. Lire Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants !, Odile Jacob, Sciences, 2002.
  28. John Ruscio. The Perils of Post-Hockery, Skeptical Inquirer, November/December 1998 in [3]
  29. Umberto Eco. Le pendule de Foucault

Liens externes

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